L'ERGO

Volume 3: Numéro 2: le 21 novembre 2001

La tragédie du 911: leur propre faute?

EMILY BELLAVY

Faut-il blâmer les Américains pour les attaques terroristes de deux mois passés en raison des injustices que leur pays a commis dans le monde? Un nombre étonnant de Canadiens semblent penser de la sorte.

Les tours du World Trade Center venaient à peine de s'effondrer que des esprits critiques au Canada commençaient à insinuer que les Américains étaient eux-mêmes responsables de ce désastre. Dans des lettres aux journaux, dans des émissions-débats, ces critiques se sont précipitées pour expliquer en quoi la politique étrangère des États-Unis avait préparé le terrain aux attaques tout dernièrement. Si les individus qui ont mené ces attaques en avaient contre les États-Unis, le raisonnement c'est qu'il doit bien y avoir une raison et une partie de cette raison se trouve dans le comportement dominateur des États-Unis.

L'antiaméricanisme est loin d'être nouveau au Canada. Il y a toujours eu ici un camp qui considère les États-Unis comme la source de tous les maux. Mais de voir ce sentiment se manifester maintenant, au moment où les Américains sont encore accablés de chagrin, est fort troublant. Ces gens-là n'ont-ils aucune décence?

Bien sûr, les tenants de l'antiaméricanisme prennent toujours soin de camoufler leurs piques sous la cape de sympathie. Le terrorisme est à condamner et les attaques sur New York et Washington constituent une tragédie. Mais rappelez-vous, que les Américains ont aussi fait des choses pas très jolies. Que penser de My Lai et des autres atrocités américaines au Vietnam? Et le bombardement du Cambodge par des appareils américains? Comment oublier le soutien du CIA au régime à Chili? Curieux, mais c'est exactement ce que disent les terroristes. Voilà une rhétorique militante que l'on entend souvent et selon laquelle les États-Unis sont les véritables terroristes de ce monde.

Aux yeux des terroristes, les États sont si mauvais, si destructeurs que toute attaque contre les Américains est justifiée, même une attaque qui tue des milliers de civils innocents. Mais il va sans dire qu'il n'existe aucune parallèle (excluant l'équivalence morale) entre ce qui a été fait la semaine dernière et les erreurs passées des États-Unis. Quelles que soient les erreurs et même les crimes que Washington a pu commettre dans son rôle de superpuissance mondiale, cela n'explique pas, et excuse encore moins, ce qui été fait.

Même un enfant d'école sait qu'on ne répare pas le mal par le mal et ces maux sont d'ordres complètement différents. Quel que soit le sentiment que les Canadiens peuvent avoir à l'égard de certaines politiques des États-Unis, depuis leur position sur le réchauffement du globe jusqu'à leur recours à la peine capitale, il ne fait aucun doute que ce pays représente essentiellement une force du bien dans le monde. Le voilà maintenant aux prises avec un ennemi impitoyable. Le moins que nous puissions faire en ces temps de grande tristesse et de besoin est de nous abstenir d'agiter des doigts accusateurs.


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